Venezuela ou Cubazuela ?

Posté par vmozo4328 le 9 février 2010

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L’arrivée au Venezuela du ministre des Communications cubain Ramiro Valdés, le numéro un des hommes de confiance de Fidel Castro, ne présage rien de bon pour ce pays. D’après le président vénézuélien Hugo Chavez, le ministre vient à la tête d’une commission technique qui devrait régler la crise de l'électricité que traverse son pays. Troisième homme en importance à Cuba, Valdés est aussi vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres.

Mais que connaît Valdés en électricité ? Ministre de l’Intérieur à deux reprises, il est plus connu à Cuba pour sa poigne de fer, ayant toujours lutté contre tout ce qui peut représenter une opposition. Pour les uns, il est l’équivalent de Lavrenti Beria, le ministre de Staline, pour les autres, de Félix Dzerjinski, le fondateur de la Tchéka de Lénine. Celui qui a déclaré il y a deux ans qu’« Internet est une invention de l’Occident pour exterminer toute l’humanité » a été formé dans les écoles du KGB soviétique et de la Stasi de l’ancienne Allemagne de l’Est. 

Alors, si Valdés ne s’est jamais occupé des graves problèmes d’électricité à Cuba, que vient-il faire vraiment au Venezuela ? On n’envoie pas dans un autre pays un personnage si important simplement pour régler des problèmes d'énergie électrique, on l’envoie pour autre chose et le domaine dans lequel Ramiro Valdés excelle, c'est celui de la répression, pas celui de l'électricité.

L’opposition vénézuélienne qui, contrairement à ce que pensent certaines personnes, n’est pas composée que d'oligarques, commence à s'inquiéter de la dérive vers laquelle va son pays, surtout que son président, Chavez, vient de déclarer que sa révolution durera 900 ans. Se préparerait-il, avec l’aide de Cuba, à faire vivre au Venezuela un Reich tropical de 1 000 ans ? Dans le pays le plus riche en pétrole de l’hémisphère, qui possédait de surcroît une solide expertise en la matière, l’électricité fait défaut et le pire reste à venir.

Cuba ne peut pas donner de leçons au Venezuela en matière d’électricité. Son système électrique connaît de très nombreuses pannes et ne peut donc servir d'exemple. Si les Cubains n’ont pas pu régler le problème à Cuba, comment le feront-ils au Venezuela ? De plus, le Venezuela compte des techniciens hautement qualifiés, formés dans de très bonnes universités, qui pourraient s’en occuper. Donc, il y a anguille sous roche. Après 11 ans de gouvernement, on mise plus sur la fidélité idéologique que sur la qualité.

Selon certaines sources, quelque 65 000 Cubains vivent au Venezuela. Ils ne sont pas tous médecins, professeurs, ouvriers de la construction ou instructeurs sportifs. Alors, que font les autres ? Il y en a qui sont déjà à pied d’œuvre dans des secteurs stratégiques comme le système juridique, le registre et l’identité des citoyens, l’immigration et les douanes. Ils sont à l’œuvre aussi dans les aéroports et dans les ports. Et là où c’est inquiétant, c’est dans les forces armées ; il y a longtemps que circule la rumeur de la présence de hauts gradés militaires cubains au sein de l’armée vénézuélienne. Ingérence ou simple solidarité ? Moi, cela me rappelle les années où l’ex-Union soviétique s’installait tranquillement à Cuba.

 perdigonazos.jpgÉtudiant blessé

Le Venezuela vit actuellement une situation explosive. Le mécontentement grandit, les manifestations d’étudiants se succèdent et la répression, de la part de la police et des forces de l’ordre, est très souvent brutale ; il y a déjà eu des morts. Tout cela laisse peu de place au doute. Il faut éliminer toute contestation et pour ce faire, le Cubain Ramiro Valdés a l’expérience nécessaire et il usera de tout son pouvoir pour arriver à ses fins.

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Ramiro Valdés reçoit ses ordres directement de Fidel Castro. Il faut éviter que le Venezuela change de système économique et politique, sinon Cuba ne pourra plus résister, car son économie est aux abois. Si Cuba ne reçoit plus de pétrole vénézuélien, ce sera la catastrophe dans l'île. Par ailleurs, l'idée de mettre la main sur le Venezuela ne date pas d’aujourd’hui. 

Alors que dans le monde on parle facilement d’ingérence des États-Unis chaque fois que ce pays apporte son aide à un autre, Cuba n’arrête pas de s'immiscer, sournoisement mais sûrement, dans les affaires d’autres pays qui pourraient servir son éternelle cause. L’axe Venezuela-Bolivie-Équateur-Nicaragua passe nécessairement par
La Havane et le gouvernement cubain veut à tout prix garder la mainmise sur le Venezuela afin de soutenir le grand rêve de Fidel Castro d’étendre le communisme à toute l’Amérique latine.

Également, alors qu'on se préoccupe plus des conflits qui se passent ailleurs dans le monde, une poudrière menace peut-être d'éclater sous notre propre nez. Chavez se méfie de ses militaires et compte sur les Cubains pour un changement radical, sans oublier son alliance avec l’Iran et sa haine des États-Unis. De plus, il arme des milices parallèles qui agissent « spontanément » contre tout mouvement d'opposition à son gouvernement, même s'il se dit pacifique. C'est une chose dont on parle très peu. Une guerre avec la Colombie n’est pas non plus exclue.

cubazuela1.jpgPhoto El Veraz

Depuis un certain temps, les Vénézuéliens appellent ironiquement leur pays Cubazuela. Le Venezuela serait-il en train de se « cubaniser » ? Ramiro Valdés n’est pas reconnu comme un pacificateur, mais plutôt comme un intrigant. Les Vénézuéliens vivent déjà un mauvais rêve et l’arrivée du ministre cubain n'arrangera pas les choses. Espérons seulement que la situation n'empire pas. 

 

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De Yoani

Posté par vmozo4328 le 5 février 2010

Deux monnaies et quatre marchés

Il a huit ans et se trouve dans une grande confusion. Hier matin sa mère, après lui avoir dit « voilà cinq pesos », lui a mis dans la main une pièce de 25 centavos. Il a regardé la surface brillante avec l’écusson de la république sur une face et au verso la tour pointue de la ville de Trinidad. Bien qu’il soit né dans un pays atteint de schizophrénie économique, il n’est pas encore habitué à passer des pesos cubains à leurs cousins convertibles. A l’école la maîtresse n’a jamais abordé le sujet ; pour le lui expliquer il faudrait un cours de tout un semestre. On ne l’a pas non plus beaucoup éclairé à la maison, comme si pour les adultes il paraissait normal que l’on mélange les deux monnaies dans le portefeuille.

A Cuba il existe quatre formes de marché et deux types différents de monnaie pour y effectuer les paiements. Chaque matin les maîtresses de maison détaillent dans leur tête –sans trop d’affolement- un plan d’utilisation de telle ou telle monnaie pour acheter à tel ou tel endroit. C’est une opération arithmétique qui prend seulement quelques secondes, précédées qu’elles sont par quinze ans de soumission à la dollarisation et à son « fantasme » ultérieur, le peso convertible. On fait en permanence des conversions et il y a des vendeurs qui acceptent indifféremment ces billets symboliques dans lesquels on nous verse nos salaires et les autres qui ont une valeur 24 fois plus grande. Pour un ananas nous pouvons aussi bien payer 10 pesos en monnaie nationale –le salaire d’une journée de travail- que cinquante centavos en monnaie populairement dénommée « chavito ». Certains touristes ne sont pas au courant d’un tel embrouillamini et achètent le roi des fruits pour une douzaine de pesos convertibles. Ce jour-là le commerçant ferme rapidement son étal et rentre à la maison, heureux de la méprise.

La génération de mon fils n’est pas en situation de comprendre comment on peut vivre avec une seule monnaie. Je crois qu’ils ont un développement particulier de la zone du cerveau qui finit par leur faire accepter l’absurde, dans ces connexions neuronales qui traitent l’inadmissible. Ils font les conversions de change avec la facilité de celui qui a appris les langues étant petit et passe de l’une à l’autre sans grand effort.
Sauf que l’apprentissage de plusieurs langues est toujours enrichissant alors que l’acceptation comme quelque chose de naturel de la dualité financière revient à admettre qu’il y a deux vies possibles. L’une d’elles est plate et grise comme les centavos nationaux et l’autre –qui est interdite dans sa totalité à une grande partie de la population- paraît pleine de couleurs et de filigranes à l’image du billet de vingt pesos convertibles.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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L’information selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 3 février 2010

Information interdite

Des rumeurs qui se propagent, des murmures qui se transforment en notes officielles et des journaux qui racontent –plusieurs semaines après- ce que sait déjà tout le pays. Nous sommes passés du rationnement, à une véritable « ouverture des vannes » de l’information qui s’écoule en parallèle à la censure des media officiels. Notre glasnost n’a pas été déclenchée depuis les officines ministérielles mais a surgi des téléphones portables, grâce aux caméras digitales et aux mémoires externes. Le même marché noir qui nous a approvisionnés en poudre de lait ou en détergents  nous propose maintenant des connexions illégales à internet et des programmes de télévision qui arrivent par les antennes paraboliques interdites.

C’est de cette manière que nous avons appris les événements qui se sont passés au Venezuela la semaine dernière. Mon téléphone portable personnel a été au bord de la surchauffe sous l’avalanche des messages qui m’ont rapporté les manifestations étudiantes et la fermeture de plusieurs chaînes de télévision. J’ai transmis une copie de ces gros titres à toute ma liste de contacts, dans un réseau qui imite le mécanisme de la transmission virale : j’en contamine plusieurs qui à leur tour inoculent le bacille de l’information à une centaine d’autres. Il n’y a pas de moyen d’arrêter cette façon de diffuser les nouvelles car elle n’utilise pas une structure fixe mais change et s’adapte en fonction des circonstances. Elle est anti-hégémonique, même si ce petit mot prend une connotation différente dans le cas de Cuba, où l’hégémonie est entre les mains du journal Granma, de l’émission « La Table Ronde » ou du DOR*.

Nous avons appris les morts de l’hôpital psychiatrique plusieurs jours avant leur annonce officielle ; nous connaissons le sort des défenestrés de mars 2009 par le bouche à oreille, et un jour nous saurons que « la fin » est arrivée avant que l’on en autorise la diffusion dans la presse. Le flux des informations a été multiplié par cinq, bien qu’il n’obéisse pas à une décision gouvernementale, de nous informer des principaux événements, mais au progrès technologique qui nous a permis de nous dispenser des titres triomphalistes et des journaux vides de contenu. Nous sommes chaque jour moins dépendants de la bouillie remâchée et idéologisée des journaux télévisés. Je connais des centaines de gens autour de moi qui n’ont plus ouvert Cubavision et le reste des chaînes officielles depuis des mois. Ils regardent uniquement la télévision interdite.

L’écran d’un Nokia ou d’un Motorola, la surface brillante d’un CD ou le minuscule boitier d’une clé USB mettent notre désinformation en lambeaux. De l’autre côté de ce voile d’omissions et de mensonges maintenu pendant des décennies il y existe un espace nouveau et méconnu qui nous  effraie et nous attire.

*Département d’Orientation Révolutionnaire du comité Central qui détermine la politique d’information de tous les media du pays.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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La peur selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 3 février 2010

Bien plus peur que moi

Il faut reconnaître que vendredi a été une journée qui a mal démarré. Le matin, Claudio, le professeur de photographie de l’académie Bloggeur, n’est pas venu. Un agent qui lui a à peine montré une identification délavée avec les sigles DSE* l’a arrêté et emmené avec lui. À la maison, après les cours, nous avons fait une petite fête pour marquer le premier anniversaire de Voces Cubanas qui, avec sa courte vie, affiche déjà 26 sites personnels. Je me rappelle qu’au milieu des sourires et des embrassades quelqu’un m’a dit de faire attention à moi. « Dans un tel système, il n’y a pas moyen de se protéger des attaques de l’État », lui ai-je répondu dans une tentative de chasser ma propre peur.

Autour de 18 heures, nous sommes allés à une réunion de famille. 36 ans plus tôt, pour la journée du cheminot*, ma sœur avait poussé son premier cri de bébé à mon père au milieu de la nuit. Même Théo, traînant son adolescence et habituellement peu enthousiaste de participer à des activités de « vieux », a accepté de nous accompagner. Chez ma sœur nous attendait la fête d’anniversaire typique, avec ses photos, ses bougies à souffler et son « Felicidades Yunia en tu día, que lo pases con sana alegría…. »*. Sauf que quelques paires d’yeux qui nous guettaient avaient d’autres plans. Au milieu de l’avenue Boyeros, à quelques mètres du MINFAR* et du bureau de Raúl Castro, trois voitures ont arrêté la Lada misérable dans laquelle nous étions montés au coin de la rue.

« N’imagine même pas que tu pourras passer par la rue 23, Yoani. L’Union de Jeunes Communistes fait une activité là », m’ont crié des hommes depuis une Geely de fabrication chinoise. Une Geely qui m’a rappelé une forte douleur dans la zone lombaire. Ayant vécu quelque chose de similaire en novembre dernier, je n’allais pas me laisser jeter la tête la première dans une voiture*, cette fois-ci avec mon fils. Un homme énorme est descendu du véhicule et a commencé à répéter ses menaces. « Comment tu t’appelles ? » a été la réponse question qu’il n’a eu le courage de donner à Reinaldo. Une phrase ironique est sortie des lèvres de Théo : « Il ne dit pas son nom car c’est un lâche ». Pire encore, Théo, pire encore, il ne dit pas son nom car il ne se reconnaît pas en tant qu’individu, il n’est qu’un simple porte-parole d’autres plus haut placés. Une caméra filmait chacun de nos gestes, dans l’attente d’un comportement agressif, d’une phrase vulgaire, d’un excès de colère. L’injection de terreur a été brève. L’anniversaire nous a laissé un goût amer.

Comment peut-on sortir indemne de tout ça ? De quelle façon un citoyen peut-il se protéger d’un État qui a la police, les tribunaux, les brigades de réponse rapide, les médias, la capacité de diffamer et de mentir, le pouvoir de le lyncher socialement et de faire de lui un vaincu qui demande pardon ? De quoi ont-ils tellement peur ? À quoi ils s’attendaient aujourd’hui dans la rue 23 pour arrêter plusieurs bloggeurs ?

Je ressens une terreur qui m’empêche presque d’écrire, mais je veux dire à ceux qui m’ont menacée avec ma famille que quand on dépasse un certain degré de panique, une dose plus élevée ne fait plus rien. Je ne vais pas arrêter d’écrire, ni de twitter. Je n’ai aucune intention de fermer mon blog. Je ne vais pas abandonner la pratique de penser avec ma propre tête et – surtout – je ne vais pas arrêter de croire qu’ils ont bien plus peur que moi.

Notes de traduction :

DSE – Département de Sûreté de l’Etat.

Cheminot - métier du père de Yoani. Voire Lokomotiv.

“Felicidades… ” - Équivalent de “Joyeux anniversaire…”.

MINFAR - Ministère des Forces Armées Révolutionnaires.

Pour plus d’information sur l’agression à Yoani Sanchez voir le post Enlèvement style camorra.

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

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