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Du blogue de Yoani

Posté par vmozo4328 le 30 janvier 2010

Nation et Nation

Du blogue de Yoani dans Cuba amaury
Il y a longtemps que notre identité a cessé d’être confinée sur une île. Le fait de naître et de grandir sur toute la longueur ce  territoire n’est plus le critère principal de notre nationalité. Nous sommes un peuple dispersé sur les cinq continents, comme si la main erratique des nécessités économiques et du manque de liberté nous avait atomisés sur la toile de la mappemonde.

Je sais ce que l’on peut ressentir. Je sais combien il est dur de se rendre dans un consulat cubain d’un  pays donné, et de se voir solliciter une signature pour la libération de cinq agents du Ministère de l’Intérieur –prisonniers aux Etats Unis- mais en aucun cas demander si on peut t’aider à quelque chose. J’ai vu une jeune fille en pleurs dans une ambassade en Europe, pendant qu’un fonctionnaire lui répétait qu’elle ne pouvait pas revenir dans son propre pays parce qu’elle avait dépassé les onze mois du permis de sortie. J’ai également été témoin de la situation inverse. De la réponse négative reçue par beaucoup qui ici demandent la carte blanche pour monter dans un avion et sortir de l’insularité. Les restrictions pour voyager sont devenues routinières et certains en sont venus à croire qu’il devait en être ainsi parce que connaître d’autres lieux revient à recevoir une prébende, ou être gratifié d’un privilège.

La poignée de ceux qui décident de qui entre et sort de cet archipel, a choisi les participants de la rencontre « La Nation et l’Emigration » qui se tient à partir d’aujourd’hui au Palais des Conventions. J’ai lu les points qui seront débattus au cours de ces deux journées, et je ne pense pas qu’ils soient représentatifs des préoccupations et des demandes de la majorité des émigrés cubains. Il saute aux yeux qu’ils n’incluent pas l’exigence de mettre fin aux confiscations de propriété de ceux qui s’installent dans un autre pays, ni ne mentionnent la nécessité de donner le droit de vote aux exilés. Je ne trouve même pas dans l’ordre du jour l’annonce de la fin des restrictions, qui s’imposent à beaucoup d’entre eux, pour rentrer ou s’implanter dans leur pays natal.

La part de ceux qui vivent sur l’île n’est pas non plus représentée dans toute sa pluralité et ses nuances ; elle porte plutôt le sceau officiel et la raideur des dirigeants. Les deux représentations, celle de l’intérieur et celle de l’étranger sont limitées et filtrées pour éviter que « La Nation et l’Emigration » se transforme en une énumération des atrocités migratoires dont nous souffrons. Plus que des réclamations et des critiques, les autorités qui ont organisé la rencontre veulent entendre dans l’immense salle –où se réunit habituellement le Parlement- le crépitement des applaudissements.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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Plus ça change, plus c’est pareil

Posté par vmozo4328 le 29 janvier 2010

Un autre texte de Yoani

Les réparations

Plus ça change, plus c'est pareil dans Cuba tuberias

La vie domestique impose des obligations ingrates. Le robinet de l’évier goutte, la lampe du salon n’allume pas, le verrou de la porte a des problèmes, et un jour de malchance, horreur ! le réfrigérateur tombe en panne. Atterrés nous nous apercevons que le congélateur commence à goutter et que le ronronnement caractéristique du moteur s’est arrêté. Une de nos connaissances a vécu une tragédie de cette envergure la semaine dernière.

Tôt le matin il téléphona à l’Unité de Réparations Domestiques la plus proche, mais on ne lui répondit pas ou bien le poste sonnait occupé. Il décida alors d’y aller et trouva une fille à la réception, en train de se vernir méticuleusement les ongles. Tout penaud il lui raconta l’histoire de son appareil électrique et en décrivit les symptômes. Il était même sur le point d’avancer un diagnostic lorsqu’à ce moment elle l’interrompit et lui annonça qu’il s’agissait certainement du « timer » et qu’ils n’avaient pas cette pièce de rechange en magasin. Elle lui précisa qu’ils avaient une liste d’attente de deux mois. En homme intelligent, avec l’expérience de la vie, le client non satisfait lui formula la question correcte sur le ton adéquat : « Et ceci ne peut-il pas se résoudre d’une autre façon ? ». La femme laissa alors son activité de manucure pour appeler à grands cris un mécanicien.

Après s’être mis d’accord sur le prix tous furent satisfaits. A midi le réfrigérateur fonctionnait de nouveau et le technicien rentrait chez lui avec l’équivalent de deux mois de salaire. Cette nuit là ma connaissance qui est barman dans un hôtel cinq étoiles apporta à son travail plusieurs bouteilles de rhum achetées au marché noir. Il s’en servit pour préparer les premiers mojitos et les délicieuses pinas coladas que burent les touristes. Ceux-ci ne soupçonnaient pas qu’ils aidaient ainsi à combler le trou laissé par la réparation du réfrigérateur, l’énorme brèche qu’avait subie le budget du barman.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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José Marti, le plus grand de Cubains

Posté par vmozo4328 le 28 janvier 2010

josemarti.jpg 

SIMPLES VERS

Du tyran ? Du tyran

Dis tout, dis plus encore ! Et cloue

D’une main esclave en furie

Le Tyran à son infamie.

De l’erreur ? De l’erreur

Dis le repaire, les sentiers

Obscurs : dis tout ce que tu peux

 Et du tyran et de l’erreur.

De la femme ? Ah ! de sa morsure

Tu pourrais bien mourir un jour;

Pourtant, ne ternis pas ta vie

En disant du mal d’une femme !

Poésie cubaine du XXe siècle

Édition bilingue Claude Couffon Les éditions Patiño 1997

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La vie à Cuba selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 27 janvier 2010

Le Corralito*

La vie à Cuba selon Yoani dans Cuba obra_ailer_gonzalez

Chaque soir dans le cabaret d’un hôtel de luxe, un entrepreneur européen va de table en table avec une proposition insolite. Il s’approche des clients et leur demande de lui laisser payer l’addition, avec ces bons de couleur qu’il porte dans son portefeuille. En échange les clients lui donneront l’équivalent en pesos convertibles qu’il pourra ensuite convertir en dollars ou en euros pour les emporter très loin. Cet homme est une victime du « corralito » financier qui empêche de nombreux investisseurs étrangers de sortir leurs gains du territoire national. Pour qu’ils ne désespèrent pas de tout, les autorités cubaines leur permettent de payer ce qu’ils consomment sur l’ensemble du pays  avec des petits papiers dépourvus de valeur réelle.

Le drame des fonds gelés touche aujourd’hui de nombreux commerçants qui, après le vote de la loi sur les investissements étrangers de 1995, s’étaient déclarés prêts à intervenir sur notre scène économique. Ils bénéficiaient du privilège de gérer une entreprise, condition totalement interdite aux natifs de Cuba. Ils étaient devenus la nouvelle classe d’entrepreneurs dans un pays où l’Offensive Révolutionnaire de 1968 avait confisqué jusqu’aux sièges des cireurs de chaussures. Les plus values importantes qu’ils pouvaient réaliser en avaient fait une cible de choix pour les prostituées, les propriétaires de maisons à louer et les membres de la Sécurité Nationale. On en voyait beaucoup dans les restaurants les plus chers, où ils choisissaient des plats appétissants accompagnés de très jeunes femmes. D’autres, les moins nombreux, versaient des primes additionnelles à leurs employés en compensation des bas salaires en pesos cubains que leur payait l’entreprise d’Etat à qui était sous-traitée la main-d’œuvre.

Ces représentants d’une « avant-garde corporative » étaient disposés à perdre un peu de capital dès lors qu’ils se trouvaient –dès à présent- dans le scénario comparable à un gâteau qu’un jour ils se partageraient. Cependant, ceux qui avaient signé les contrats et partagé avec eux le champagne après l’accord, les considéraient seulement comme un mal nécessaire et provisoire, une déviance qui serait éradiquée à peine terminée la Période spéciale. Après toutes ces garanties et ces promesses, ils ont compris il y a quelques mois que les caisses étaient vides, à force d’entendre répéter  « nous ne pouvons pas vous payer ». Soudain ces entrepreneurs ont commencé à ressentir l’impuissance -et le cri bloqué en travers de la gorge- qui accable quotidiennement les cubains. Ils ne sont pourtant pas encore aussi démunis que nous face à la déprédation de l’Etat ; le passeport d’un autre pays leur permet de prendre l’avion et de tout oublier.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

Note du traducteur : *« Corralito » ; nom donné au contingentement des retraits bancaires institué en décembre 2001 par le ministre argentin de l’Economie  Cavallo pendant la crise financière argentine de 2001-2002

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