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L’information selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 3 février 2010

Information interdite

L'information selon Yoani dans Cuba camara

Des rumeurs qui se propagent, des murmures qui se transforment en notes officielles et des journaux qui racontent –plusieurs semaines après- ce que sait déjà tout le pays. Nous sommes passés du rationnement, à une véritable « ouverture des vannes » de l’information qui s’écoule en parallèle à la censure des media officiels. Notre glasnost n’a pas été déclenchée depuis les officines ministérielles mais a surgi des téléphones portables, grâce aux caméras digitales et aux mémoires externes. Le même marché noir qui nous a approvisionnés en poudre de lait ou en détergents  nous propose maintenant des connexions illégales à internet et des programmes de télévision qui arrivent par les antennes paraboliques interdites.

C’est de cette manière que nous avons appris les événements qui se sont passés au Venezuela la semaine dernière. Mon téléphone portable personnel a été au bord de la surchauffe sous l’avalanche des messages qui m’ont rapporté les manifestations étudiantes et la fermeture de plusieurs chaînes de télévision. J’ai transmis une copie de ces gros titres à toute ma liste de contacts, dans un réseau qui imite le mécanisme de la transmission virale : j’en contamine plusieurs qui à leur tour inoculent le bacille de l’information à une centaine d’autres. Il n’y a pas de moyen d’arrêter cette façon de diffuser les nouvelles car elle n’utilise pas une structure fixe mais change et s’adapte en fonction des circonstances. Elle est anti-hégémonique, même si ce petit mot prend une connotation différente dans le cas de Cuba, où l’hégémonie est entre les mains du journal Granma, de l’émission « La Table Ronde » ou du DOR*.

Nous avons appris les morts de l’hôpital psychiatrique plusieurs jours avant leur annonce officielle ; nous connaissons le sort des défenestrés de mars 2009 par le bouche à oreille, et un jour nous saurons que « la fin » est arrivée avant que l’on en autorise la diffusion dans la presse. Le flux des informations a été multiplié par cinq, bien qu’il n’obéisse pas à une décision gouvernementale, de nous informer des principaux événements, mais au progrès technologique qui nous a permis de nous dispenser des titres triomphalistes et des journaux vides de contenu. Nous sommes chaque jour moins dépendants de la bouillie remâchée et idéologisée des journaux télévisés. Je connais des centaines de gens autour de moi qui n’ont plus ouvert Cubavision et le reste des chaînes officielles depuis des mois. Ils regardent uniquement la télévision interdite.

L’écran d’un Nokia ou d’un Motorola, la surface brillante d’un CD ou le minuscule boitier d’une clé USB mettent notre désinformation en lambeaux. De l’autre côté de ce voile d’omissions et de mensonges maintenu pendant des décennies il y existe un espace nouveau et méconnu qui nous  effraie et nous attire.

*Département d’Orientation Révolutionnaire du comité Central qui détermine la politique d’information de tous les media du pays.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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La peur selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 3 février 2010

Bien plus peur que moi

La peur selon Yoani dans Cuba tren

Il faut reconnaître que vendredi a été une journée qui a mal démarré. Le matin, Claudio, le professeur de photographie de l’académie Bloggeur, n’est pas venu. Un agent qui lui a à peine montré une identification délavée avec les sigles DSE* l’a arrêté et emmené avec lui. À la maison, après les cours, nous avons fait une petite fête pour marquer le premier anniversaire de Voces Cubanas qui, avec sa courte vie, affiche déjà 26 sites personnels. Je me rappelle qu’au milieu des sourires et des embrassades quelqu’un m’a dit de faire attention à moi. « Dans un tel système, il n’y a pas moyen de se protéger des attaques de l’État », lui ai-je répondu dans une tentative de chasser ma propre peur.

Autour de 18 heures, nous sommes allés à une réunion de famille. 36 ans plus tôt, pour la journée du cheminot*, ma sœur avait poussé son premier cri de bébé à mon père au milieu de la nuit. Même Théo, traînant son adolescence et habituellement peu enthousiaste de participer à des activités de « vieux », a accepté de nous accompagner. Chez ma sœur nous attendait la fête d’anniversaire typique, avec ses photos, ses bougies à souffler et son « Felicidades Yunia en tu día, que lo pases con sana alegría…. »*. Sauf que quelques paires d’yeux qui nous guettaient avaient d’autres plans. Au milieu de l’avenue Boyeros, à quelques mètres du MINFAR* et du bureau de Raúl Castro, trois voitures ont arrêté la Lada misérable dans laquelle nous étions montés au coin de la rue.

« N’imagine même pas que tu pourras passer par la rue 23, Yoani. L’Union de Jeunes Communistes fait une activité là », m’ont crié des hommes depuis une Geely de fabrication chinoise. Une Geely qui m’a rappelé une forte douleur dans la zone lombaire. Ayant vécu quelque chose de similaire en novembre dernier, je n’allais pas me laisser jeter la tête la première dans une voiture*, cette fois-ci avec mon fils. Un homme énorme est descendu du véhicule et a commencé à répéter ses menaces. « Comment tu t’appelles ? » a été la réponse question qu’il n’a eu le courage de donner à Reinaldo. Une phrase ironique est sortie des lèvres de Théo : « Il ne dit pas son nom car c’est un lâche ». Pire encore, Théo, pire encore, il ne dit pas son nom car il ne se reconnaît pas en tant qu’individu, il n’est qu’un simple porte-parole d’autres plus haut placés. Une caméra filmait chacun de nos gestes, dans l’attente d’un comportement agressif, d’une phrase vulgaire, d’un excès de colère. L’injection de terreur a été brève. L’anniversaire nous a laissé un goût amer.

Comment peut-on sortir indemne de tout ça ? De quelle façon un citoyen peut-il se protéger d’un État qui a la police, les tribunaux, les brigades de réponse rapide, les médias, la capacité de diffamer et de mentir, le pouvoir de le lyncher socialement et de faire de lui un vaincu qui demande pardon ? De quoi ont-ils tellement peur ? À quoi ils s’attendaient aujourd’hui dans la rue 23 pour arrêter plusieurs bloggeurs ?

Je ressens une terreur qui m’empêche presque d’écrire, mais je veux dire à ceux qui m’ont menacée avec ma famille que quand on dépasse un certain degré de panique, une dose plus élevée ne fait plus rien. Je ne vais pas arrêter d’écrire, ni de twitter. Je n’ai aucune intention de fermer mon blog. Je ne vais pas abandonner la pratique de penser avec ma propre tête et – surtout – je ne vais pas arrêter de croire qu’ils ont bien plus peur que moi.

Notes de traduction :

DSE – Département de Sûreté de l’Etat.

Cheminot – métier du père de Yoani. Voire Lokomotiv.

“Felicidades… ” – Équivalent de “Joyeux anniversaire…”.

MINFAR – Ministère des Forces Armées Révolutionnaires.

Pour plus d’information sur l’agression à Yoani Sanchez voir le post Enlèvement style camorra.

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

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