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Le retour de los « bolos »*

Posté par vmozo4328 le 20 février 2010

Ils sont de retour

Le retour de los

Des steppes, de la neige, des pommes et le bruit d’une hache qui coupait le bois en tronçons irréguliers. Notre enfance s’est nourrie de ces images et de ces sons étrangers, du fait de la présence excessive de l’Union Soviétique dans le Cuba des années soixante-dix et quatre-vingts. Nous grelottions de froid en regardant les dessins animés tchèques et bulgares, pendant qu’à l’extérieur le soleil du tropique nous rappelait que nous étions toujours dans les Caraïbes. Certains d’entre nous ont d’abord su dire « koniec » avant de pouvoir articuler la monosyllabe « fin », et puis un jour les ours ont émigré en nous privant des films de soldats victorieux et de moujiks souriants.

Après 1991, on ne pouvait plus trouver les gros tirages des éditions russes MIR que dans les librairies de livres d’occasion, sous le manteau poussiéreux de l’abandon. Ce mois de février cependant, la Foire Internationale du Livre a dédié sa 19ème édition au pays qui pendant des décennies a été le mentor et le support économique du processus cubain. Les camarades qui autrefois payaient notre sucre à des prix astronomiques, pendant qu’ils nous vendaient leur pétrole pour une bagatelle, sont revenus en costume et cravate. Ils ont atterri sur l’île qu’ils avaient un temps subventionnée, mais cette fois pour commercialiser leurs ouvrages imprimés dans de brillantes couleurs, et sur des thèmes étrangers au marxisme.

Sur l’esplanade de la Forteresse de la Cabana, les longues files d’attente se croisent pour acheter les nouveaux titres arrivés de l’Est. Ici et là des enfants feuillettent des planches sur lesquelles apparaissent des épis de blé dorés, et des gens coiffés de chapeaux avec d’énormes protège-oreilles. Mais ce n’est plus pareil. La présence obligée qu’a eu à une époque cette iconographie dans notre vie, n’est pour les tout petits d’aujourd’hui qu’une simple curiosité pour la chose exotique. Dans leurs esprits enfantins, les sapins ne se substitueront pas aux palmiers ni les renards aux lézards ; la Russie ne sera jamais pour eux qu’une contrée lointaine et différente.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

*Nom donné aux soviétiques à une époque

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L’éducation selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 17 février 2010

Professeurs émergents et formation instantanée

L'éducation selon Yoani dans Cuba cuba_confidential

La réunion fut sobre,  divers représentants locaux du Ministère de l’Education étaient présents. Une rumeur se répandait parmi les parents, assis sur les mêmes chaises en plastique que celles que leurs enfants utilisent chaque matin. Comme nous étions proches de la date à laquelle on annonce les admissions en deuxième cycle du secondaire, on s’attendait à ce que nous soit donné à cette réunion le nombre de places d’enseignement pré-universitaire ou d’enseignement technique allouées à cet établissement scolaire pour la poursuite des études. La nouvelle de la fin des « professeurs d’enseignement général» nous prit donc par surprise, car nous avions fini par croire que leur existence se prolongerait jusqu’à la puberté de nos arrières petits enfants.

La préparation d’adolescents en formation accélérée, pour dispenser des cours allant de la grammaire aux mathématiques, a fait la preuve de son échec fracassant. Non à cause de la jeunesse qui est toujours bienvenue dans n’importe quelle profession, mais à cause de la rapidité de leur formation au magistère, et du peu d’intérêt que beaucoup portaient à une si noble activité. Face à l’exode de professionnels de l’éducation vers d’autres secteurs plus lucratifs, on a créé le programme des maîtres émergents et avec lui la qualité de l’éducation cubaine, déjà malmenée, a fini de s’effondrer. Les enfants arrivaient à la maison en disant qu’en 1895 Cuba avait connu une « guerre civile » et que les figures géométriques avaient quelque chose appelé « voldes » que les parents traduisaient par « bordes* ». Je me souviens en particulier d’un de ces éducateurs instantanés qui confessa à ses élèves le premier jour de classe : « travaillez bien pour qu’il ne vous arrive pas la même chose qu’à moi, qui ai fini professeur d’école faute d’avoir eu de bonnes notes. »

Pardessus cela, les télé-classes ont fini, par l’intermédiaire d’un écran froid, sans interaction possible, par occuper un pourcentage important des horaires scolaires. L’idée était de compenser, avec ces matières enseignées par la télévision, le peu de préparation de ceux qui se trouvaient face aux étudiants. Le télé-professeur se substituait dans beaucoup d’écoles à l’enseignant en chair et en os, pendant que les salaires du corps enseignant augmentaient symboliquement, sans jamais dépasser l’équivalent de 30 dollars mensuels. Plus qu’un sacerdoce, enseigner était devenu un sacrifice. C’est pourquoi on vit apparaître devant le tableau noir des personnes qui ne maîtrisaient ni l’orthographe, ni l’histoire de leur propre pays. C’étaient des jeunes qui signaient un contrat pour devenir maîtres, et le regrettaient déjà après la première semaine de travail. Les incidents et les déformations éducatives que ce processus a apportés avec lui sont écrits dans le libre occulte de l’échec des plans révolutionnaires et des annonces ridicules d’objectifs de production qui ne s’accomplirent jamais. Sauf qu’en l’espèce, nous ne parlons pas de tonnes de sucre ou de quintaux de haricots mais de la formation de nos enfants.

Je respire, soulagée que soit terminée la longue expérimentation de l’éducation émergente. Je ne vois cependant pas poindre le jour où toutes les personnes ayant une reçu une préparation pour enseigner abandonneront le volant du taxi, le comptoir du bar ou les travaux domestiques fastidieux pour revenir dans les classes. Au moins je me sentirais plus tranquille si au lieu de l’écran d’un téléviseur Teo pouvait recevoir tous ses cours d’un maître bien vivant et qui domine le contenu. Je crois que pour cela il nous faudra attendre les arrière petits enfants.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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Se protéger selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 15 février 2010

Protéger ce qui est à soi, voler ce qui est aux autres

Se protéger selon Yoani dans Cuba rejas-eng

La nuit, il surveille les plantations de malanga et le troupeau de moutons avec un fusil de fabrication maison. C’est l’œuvre d’un armurier improvisé qui a soudé un morceau de tuyau de petit diamètre à une chambre rustique de laquelle sort un percuteur irrégulier. Le bruit de raclement –dans le petit matin- de l’ingénieux engin suffit à faire partir en courant ceux qui prétendent voler la récolte. Lorsque la truie a mis bas, il appelle un de ses frères qui habite dans le village, et équipés de cet engin, inventé par nécessité, ils montent la garde jusqu’au lever du soleil.

Beaucoup de paysans utilisent des armes illégales, achetées ou fabriquées dans les circuits alternatifs. Sans elles le fruit de plusieurs mois de travail pourrait finir entre les mains des « prédateurs » de cultures, ombres furtives qui se déplacent dans l’obscurité. Les pénuries ont entraîné une augmentation des vols dans les campagnes cubaines, et obligé les villageois à protéger eux-mêmes leurs ressources. C’est pourquoi on assiste à une prolifération des chiens agressifs et des fusils artisanaux, en particulier dans les exploitations où il y a des vaches. La livre de viande de bœuf est vendue deux pesos convertibles sur un marché noir qui se nourrit du vol et de l’abattage illégal, ceci malgré les condamnations à de longues peines de prison dont sont passibles ces délits.

Pour les gardiens de leurs propres biens, l’ « annonce officielle » selon laquelle « de façon exceptionnelle et unique (…) les nationaux et les personnes en résidence légale sur cette île, ayant en leur possession des armes à feu sans permis correspondant, pourront obtenir l’inscription requise » a constitué une surprise. Chacun est cependant tacitement convaincu que quiconque annoncera publiquement posséder une arme se la verra confisquée en retour. Face à cette crainte bien peu confesseront qu’ils gardent le froid métal dans quelque coin de leur maison, et ils continueront à préférer prendre le risque d’être sans papiers à l’insécurité de rester sans protection. Ce qui est alarmant, c’est que ces instruments servent aussi à ceux qui, sans avoir de ferme ou d’animaux à protéger, guettent de l’autre côté de la clôture, prêts à tirer pour emporter ce qui appartient aux autres.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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Yoani, où s’en va Cuba ?

Posté par vmozo4328 le 12 février 2010

Absence de cap

Yoani, où s'en va Cuba ? dans Cuba tropical_island

Nous nous sommes habitués aux chiffres gonflés, à la manie du secret quand les choses tournaient mal, et à un Produit Intérieur Brut qui n’a jamais reflété le contenu de nos porte-monnaie. Pendant des décennies les rapports économiques ont pu cacher, derrière des pages pleines de chiffres et d’analyses, la gravité des problèmes. Parmi les diplômés dans la science inexacte de la finance, il y en a eu quelques uns -comme Oscar Espinosa Chepe- qui ont osé dévoiler la fausseté de certains chiffres : ils ont été punis de chômage et de stigmatisation par le « plan pyjamas ».
Cette semaine, la lecture de l’analyse –sérieuse et bien argumentée- publiée par le Père Boris Moreno dans la revue « Palabra Nueva » a accru ma nervosité sur la catastrophe qui nous guette. Sous le titre évocateur « Où va la barque cubaine ? Regard sur la situation économique », l’auteur nous alerte sur une dégradation en chute libre de l’état matériel et financier de l’île. Des mots qui devraient nous atterrer si nous n’étions devenus imperméables aux mauvaises nouvelles de notre enfoncement dans les eaux de l’improductivité et de la pénurie.

Je partage l’avis de ce Diplômé en Sciences Economiques selon lequel la première et la plus importante des mesures à prendre serait « l’engagement formel du gouvernement à reconnaître le droit d’expression de tous les citoyens, sans que cela débouche sur quelque forme de représailles. Nous devrions éliminer de notre environnement les étiquettes qui restreignent l’échange d’idées et d’opinions ». Après avoir lu cela, j’imagine ma voisine, comptable en retraite, donnant à voix haute son avis sur la nécessité d’autoriser l’entreprise privée, sans se voir organiser un meeting de répudiation devant sa porte. Il faut du travail pour prévoir une chose semblable, je le sais, mais je caresse l’idée qu’un jour –sans craindre d’être accusés d’être des « mercenaires à la solde d’une puissance étrangère »- des milliers de gens pourront donner leur avis et proposer des solutions. Quel capital énorme récupèrerait ainsi Cuba !
 

Même si les coffres ne vont pas se remplir avec seulement des propositions et des raisonnements, notre expérience nous montre que le volontarisme et les exclusions ont seulement contribué à les vider.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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