Prostitution à La Havane

Posté par vmozo4328 le 23 mai 2010

 Du blogue de Yoani

Baisers d’une nuit

Prostitution à La Havane dans Cuba

En pull moulant et du gel dans les cheveux, il offre son corps pour seulement vingt pesos convertibles la nuit. Il a ce visage aux pommettes saillantes et aux yeux bridés, si courant chez ceux qui sont originaires de l’est du pays. Il remue sans arrêt les bras, dans un mélange de lascivité et d’innocence qui déclenche parfois la pitié, parfois le désir. Il appartient à la catégorie importante des cubains qui gagnent leur vie à la sueur de leur bassin, et vendent leur sexe aux étrangers et aux nationaux. Une industrie de l’amour rapide, des caresses brèves, qui s’est considérablement développée sur cette île au cours des vingt dernières années.

La Havane prend parfois des airs de bordel, surtout si l’on va dans la rue Monte jusqu’à l’intersection avec la rue Cienfuegos. Des femmes jeunes, vêtues de couleurs voyantes mais un peu déteintes, offrent leur « marchandise », en particulier à la tombée de la nuit où l’on ne voit pas les bretelles lâches et où les cernes paraissent moins gris. Ce sont celles qui ne peuvent prétendre trouver un gérant ou un touriste pour les emmener dans un hôtel et leur offrir –un jour sur deux- un petit déjeuner avec du lait. Elles ne portent pas de parfum de marque et exercent leur activité dans un coin de terrain vague ou dans le calme d’une cage d’escalier. Elles font commerce de  leurs gémissements, échangent des spasmes contre de l’argent.

Ces hommes et ces femmes, commerçants du désir, évitent de se heurter aux uniformes qui surveillent la zone. Tomber entre les mains de l’un d’eux peut signifier une nuit au cachot ou, pour ceux qui se trouvent illégalement en ville, la déportation vers leur province d’origine. Tout peut bien se passer si le policier est réceptif à la proposition d’une cuisse provocante et accepte d’échanger l’avertissement contre quelques courtes minutes d’intimité. Quelques agents de l’ordre public reviendront assidûment toucher leur commission –en espèces ou en nature-pour permettre à ces êtres nocturnes de rester postés aux coins des rues. Refuser de payer peut conduire les femmes à terminer dans un centre de rééducation pour prostituées et les hommes à être accusés de délit de dangerosité prédictive.

Ainsi se déroule le cycle du sexe pour l’argent, dans une ville où le travail honnête est une relique de musée et où la nécessité conduit de nombreuses personnes à exhiber leur corps et se déhancher dans l’attente d’une offre.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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Les élections selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 22 mai 2010

 Des élections, pour quoi faire ?*

 

Les élections selon Yoani dans Amérique latine pionerita

Entre la petite pionnière surveillant les urnes et l’adulte avec plusieurs années d’abstention au compteur que je suis devenue, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Ma sœur et moi dans nos uniformes d’écolières allions les dimanches d’élections faire le salut martial chaque fois que quelqu’un introduisait son bulletin dans la fente. Je me souviens de trois raisons au moins qui nous poussaient à participer à ces élections : nous croyions encore que le pouvoir du peuple était un pouvoir ; il nous était impossible de dire non à la maîtresse quand –du haut de toute son autorité- elle nous convoquait et enfin, pendant ces journées, on nous distribuait de délicieux sandwiches au fromage. Je n’en ratais pas une à vrai dire, puisqu’on nous donnait aussi un jus de fruit –dans une brique paraffinée- qu’il était impossible de savourer en d’autres circonstances, en ces temps de rationnement généralisé.

Au début des années 90, une grande partie de ces enfants gardiens des élections –moi y compris- sont devenus des jeunes qui rendaient nuls leurs bulletins en y ajoutant des phrases exclamatives. Je me rappelle de la première fois où je suis entrée dans un isoloir de bois, prête à gribouiller le morceau de papier sur lequel on nous avait appelés à « voter pour tous ». Une voisine m’avait mise en garde : que je ne m’avise pas d’écrire une consigne au lieu de cocher docilement la case à côté des noms, car chaque bulletin portait un numéro qui permettait de l’identifier. « Ils sauront que c’est toi » m’avait-elle assurée tout en me racontant des histoires de gens punis pour avoir fait la même chose. Mais il arrive un moment dans la vie où tu te fiches des réprimandes et des punitions.

Ensuite, si l’on faisait le compte des amis et des parents qui avaient invalidé leur bulletin, proportionnellement, ça ne correspondait pas aux chiffres que donnait la télé. Soit ceux qui disaient avoir fait un graffiti au lieu de donner leur accord mentaient, soit c’étaient les statistiques officielles qui ne coïncidaient pas avec la réalité. Ainsi, je suis passée à l’étape suivante dans ma lassitude, la position de ceux qui ont arrêté de faire –totalement- confiance au processus de sélection d’un candidat du Pouvoir Populaire. C’est pourquoi maintenant je reste à la maison les dimanches d’élections. Je ne sais pas s’ils distribuent toujours des sandwiches au fromage aux enfants qui surveillent les urnes, mais je sais par contre qu’ils continuent de les envoyer frapper à la porte des retardataires, en leur demandant de se rendre au collège électoral. Peut-être –si rien ne change- que certains d’entre eux auront 16 ans et prendront un stylo rouge pour gribouiller leur bulletin ou adopteront –tout comme moi- l’abstentionnisme comme manière de protester.

* Consigne exprimée par Fidel Castro pendant la première année de la Révolution pour répondre à ceux qui demandait des élections présidentielles dans le pays.

Traduit par M. Kabous.

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Le commandant, le cardinal et l’archêveque

Posté par vmozo4328 le 21 mai 2010

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Je viens d’apprendre que le commandant Raúl Castro a eu une réunion, pendant presque quatre heures et demie, avec le cardinal cubain Jaime Ortega y Alamino et avec l’archevêque de Santiago de Cuba, Mgr Dionisio García Ibáñez. Je trouve ça long comme rencontre, très long même. Semble-t-il qu’il a été question des prisonniers politiques. Que doit-on en penser ? Je me le demande. C’est la deuxième fois en très peu de temps que l’intervention de l’Église catholique cubaine fait la manchette. Y aurait-il raison de croire que les choses bougent à Cuba ? Castro serait-il en train d’envoyer des signaux aux éternels ennemis impérialistes ? Tout est possible.

D’autre part, certains commentaires dans la presse vénézuélienne nous font part de conversations entre le président Lula du Brésil et le gouvernement des États-Unis. L’embargo nord-américain vivrait-il ses derniers moments ? Comme le dit si bien le journaliste Nelson Bocaranda, l’économie de la république bolivarienne du Venezuela est en crise et ça va de mal en pis. Qui d’autre pourrait alors aider économiquement Cuba en dehors des États-Unis ? Si, pour l’instant, les carottes ne sont pas encore cuites, il est presque sûr qu’il y a quelque chose qui mijote.

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Le petit oiseau bleu

Posté par vmozo4328 le 15 mai 2010

 

Du blogue de Yoani

Twitter : ce féroce animal

Le petit oiseau bleu dans Cuba twitter

Hier soir, un ami est venu me rendre visite. Il vit à Las Villas et pour arriver jusqu’à la capitale, il doit défier les problèmes de transport et le cercle de surveillance qui l’entoure. Il m’a raconté que quelques semaines plus tôt il avait été arrêté et qu’on lui avait confisqué son téléphone portable pendant quelques heures, jusqu’à ce qu’un officiel apparaisse, contrarié, tenant entre ses mains le petit Nokia. « Là oui tu vas avoir des problèmes » répétait encore et encore le lieutenant de la Sécurité de l’Etat qui le retenait au poste. La raison d’un tel état d’alerte était que sa liste de contacts contenait une entrée sous le nom de Twitter accompagnée d’un numéro de téléphone au Royaume-Uni*.

“Personne ne pourra te faire échapper aux quinze ans” le menaça le policier tout en lui assurant qu’envoyer des SMS à une personne portant un nom si bizarre et qui vivait si loin représentait un délit énorme. Il ne sait pas que notre manière de lancer des tweets dans le cyberespace est un envoi « à l’ancienne » de textos, simplement à travers le service de téléphonie mobile. Il ne s’imagine pas non plus qu’au lieu d’atterrir entre les mains d’un membre de l’intelligence britannique, nos textos sont destinés à cet oiseau bleu qui les fait voler à travers le cyberespace. Certes ce sont des émissions à l’aveugle et nous ne pouvons pas lire les réponses ou les références que font les lecteurs, mais au moins nous racontons l’Ile en petits morceaux de 140 caractères.

Tout occupés à  imaginer des conspirations, des agents et des conjurations, ils ne se sont pas rendu compte que les technologies ont transformé chaque citoyen en son propre moyen de diffusion. Ce ne sont plus les correspondants étrangers qui valident telle ou telle nouvelle aux yeux du monde, mais –de plus en plus- nos incursions sur Twitter qui se transforment en informations de référence. Mon ami me parle de ça à sa manière : « Yoani, en route vers la Havane, nous avions préparé tout un plan. J’avais rédigé à l’avance un SMS pour prévenir si jamais on nous arrêtait ». Peut-être fut-ce la lumière de l’écran du Nokia ou la conviction que quelque chose de nouveau s’interposait entre le poursuivi et ses poursuivants qui a évité qu’on ne le jette dans un fourgon de police. S’ils l’avaient arrêté, un bref clic sur le bouton « envoi » aurait catapulté son cri sur le Web, racontant ainsi ce que la presse internationale aurait mis des heures à savoir.

Je lui ai dit au revoir sur le pas de la porte et il avait son portable dans la main, tel une lanterne à la faible lumière. Dans le dossier « brouillons » un texte tout prêt le protègerait des ombres qui l’attendaient en bas.

* Parmi les services offerts par Twitter, on trouve la possibilité de publier par SMS pour ceux d’entre nous qui n’ont pas accès à Internet. Tout se fait à travers un numéro de service auquel nous envoyons les messages qui apparaîtront immédiatement sur nos comptes d’usagers.

Traduit par M. Kabous.

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