De Yoani

Posté par vmozo4328 le 16 juin 2010

 

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Ville modèle

Du blogue de Yoani

La sucrerie centrale à l’état de ruines, la rue principale désertée, et à l’intérieur des maisons le passé enkysté dans les souvenirs. « De la ville modèle à la ville fantôme » murmurent ceux qui habitent le village de Hershey car la splendeur d’autrefois s’est transformée en un réduit de nostalgies. Grâce au talent de quelques jeunes réalisateurs, le portrait de la petite ville est retracé dans un court documentaire qui sert la gorge et fait monter les larmes aux yeux. Une promenade entre la nostalgie de centaines de personnes pour lesquelles –à l’évidence- le futur n’est pas devenu un temps meilleur.

Cette ville particulière se caractérisait par un tracé urbain moderne, une industrie sucrière prospère, une fabrique de chocolats et un train électrique qui circule encore au milieu de grincements et d’étincelles. Tout ceci à une échelle réduite mais fonctionnelle, comme si on avait disposé sur la pelouse une dizaine de maisons de poupées avec un toit à deux pentes. C’est sous l’impulsion de Milton Hershey, né dans un village de Pennsylvanie en 1857, qu’avait commencé la construction de cette curieuse implantation sur la colline de Santa Cruz à l’Est de la capitale.

La prospérité d’hier et l’inertie d’aujourd’hui sont les accords qui se répondent dans ce court métrage dirigé par Laimir Fano et qui vient d’être projeté au cinéma Chaplin lors d’une séance dont divers blogueurs se sont vu interdire l’entrée. Heureusement les 15 minutes émouvantes du film circulent déjà sur les réseaux alternatifs de distribution de l’information, pour lesquels il n’y a pas besoin de satisfaire aux règles du « droit d’admission » de certaines entités culturelles. Un magnifique choix d’images, associé à un travail audacieux du son et de la bande sonore, permettent de nous transporter dans ce petit village submergé par la nostalgie. Le chocolat agit comme un détonateur de l’émotion des protagonistes tandis que les spectateurs, de l’autre côté de l’écran, peuvent sentir son arôme et la texture de la mémoire enveloppée dans le même papier que les bonbons.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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Du blogue de Yoani

Posté par vmozo4328 le 4 juin 2010

 

La quadrature du cercle

Du blogue de Yoani dans Amérique latine cerveza

Un ami m’a fait remarquer les étranges points de couleur qui sont sur le fond des boîtes de boissons et de bières, vendues dans les cafeterias et les restaurants. J’ai regardé de plus près pour vérifier et c’était vrai. Dessinée à la plume la marque était visible en rouge sur certaines, bleu ou vert sur d’autres. J’ai enquêté de tous côtés y compris sur les boîtes déjà vides ou à moitié aplaties que l’on apporte dans un centre de recyclage et on retrouve cette marque étrange sur une bonne part d’entre elles. Ses contours n’ont pas la précision d’une machine à dessiner mais le tracé vacillant d’une main qui ferait quelque chose d’interdit.

Car oui, il y a derrière l’apparente naïveté de ce point de couleur tout un réseau lucratif qui utilise les espaces du domaine public pour vendre une marchandise à caractère privé. Les employés de l’alimentation achètent dans les boutiques en pesos convertibles les boissons en boîtes, pour les revendre ensuite dans l’entité où ils travaillent avec 10 à 50% de marge par rapport au prix initial. Ils donnent la priorité pendant leur journée de travail à la commercialisation de leurs « propres » produits, pendant que ceux d’origine étatique sont mis de côté ou vendus plus tard. A la fin de la journée la somme des centimes réalisés sur chaque vente constitue un revenu plus stimulant que le salaire symbolique reçu en monnaie nationale.

Les points de couleur indiquent à qui appartiennent les boissons vendues. Celles du gérant du local peuvent être signalées en rouge, la serveuse marque les siennes en bleu, et le cuisiner a probablement décidé de choisir un point orangé. Tous encaissent une partie, sinon à quoi à quoi servirait-il de se lever tôt, d’emprunter un autobus bondé et de travailler huit heures par jour pour seulement recevoir l’équivalent de 20 dollars à la fin du mois ? De la même façon les ateliers clandestins élaborent des bières Bucanero et Cristal qui ont la même apparence que les originales, et c’est à peine si les vieux buveurs se rendent compte de la différence. On trouve cette industrie de l’imitation dans les appartements privés, dans les chambres desquelles on entend claquer un dispositif de sertissage à chaque fermeture de boîte. Ce sont des produits qui finiront par remplacer ceux fabriqués par l’État, feront la plus grande concurrence déloyale à ce Grand Patron et escroqueront même une grande partie des clients. Un labyrinthe compliqué de falsifications et de reventes qui creuse les dysfonctionnements du centralisme, et détourne les revenus vers des milliers de bourses privées.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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Les slogans selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 4 juin 2010

 

La brièveté des slogans

 

Les slogans selon Yoani dans Cuba

Aujourd’hui je me suis réveillée au bruit des porte-voix criant des slogans et du klaxon des autobus qui devaient reconduire dans leurs provinces les milliers de participants à la manifestation du premier mai. Le défilé avait été annoncé, depuis plusieurs semaines, par tous les media officiels comme « une réponse digne à la campagne médiatique » contre le gouvernement cubain. Sur les lieux de travail tout le monde avait dû mettre par écrit son engagement à assister et à ne pas être absent du rendez-vous « avec la patrie ». Beaucoup d’étudiants des lycées généraux et technologiques ont dormi hier dans les écoles pour être amenés –très tôt- sur la Place de la Révolution, car rien ne pouvait être laissé au hasard dans ce rassemblement pour la journée des travailleurs. Curieusement on n’a pas vu de pancartes demandant des hausses de salaires ou critiquant les réductions radicales de personnel qui ont lieu ces jours-ci.

Pendant toute cette journée j’ai pensé à Baby et Pablito qui, les années précédentes, agitaient leurs banderoles de papier dans cet énorme complexe architectonique où les êtres humains se voient si petits et anonymes. Je me souviens qu’ils partaient avec leurs pullovers rouges, et avant de quitter quartier ils frappaient à toutes les portes pour que personne ne puisse se soustraire à ses responsabilités vis-à-vis de la Révolution. C’est précisément dans le séjour de leur maison qu’avait été déposé le livre que 8 013 966 cubains durent signer pour rendre le socialisme irréversible*. Les vendeurs illégaux évitaient de frapper à leur porte et les voisins –en parlant de ce couple- se donnaient un coup sur l’épaule, avec l’index et le majeur, signe qui indique à Cuba que quelqu’un appartient à l’armée ou au Ministère de l’Intérieur.

Il y a à peine quelques mois, nous avons appris que le couple très actif émigrait vers les Etats Unis car ils avaient gagné leur carte verte à la loterie de ce pays. Elle a remis la charge de gardienne qu’elle avait au CDR et lui a rendu sa carte du Parti Communiste dans une réunion où tout le monde est resté bouche ouverte à la nouvelle de leur départ. Ils ont commencé à acheter publiquement du lait et des œufs au marché noir et quelques jours avant de partir ils ont fait cadeau d’une partie de leurs vêtements, y compris ces tenues aux couleurs vives dans lesquelles ils défilaient. En montant dans l’avion il ont laissé derrière eux cette peau –ou ce masque- qu’ils avaient porté haut pendant des années, car maintenant, ils suivent depuis Hialeah la blogosphère alternative cubaine, s’alarment de ce qui arrive aux Dames en Blanc et ne parlent plus avec vénération mais au contraire avec irritation de nos gouvernants.

Leur inconditionnalité idéologique a été aussi brève que la couleur des petits drapeaux de papier qui restent sur le sol de la place et sur lesquels tombe résolument l’averse du premier jour de mai.

*En juin 2002 le gouvernement cubain a fait signer à la population –violant ainsi toutes les prescriptions légales requises pour un référendum- une modification constitutionnelle qui rendait irréversible le système socialiste. L’argot populaire et académique la baptisa « la momification constitutionnelle ».

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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Les liaisons selon Yoani

Posté par vmozo4328 le 4 juin 2010

 

Liaisons dangereuses

 

Les liaisons selon Yoani dans Cuba amistades3

Il avait réparé tous types de livres, des Bibles jusqu’aux incunables aux feuilles prêtes à se transformer en poussière. Il excellait à remettre à leur place les feuilles arrachées, réparer les couvertures et les asperger d’une solution chimique qui faisait ressortir la couleur. Il avait eu entre ses mains des manuscrits du dix-neuvième siècle, les premières éditions des œuvres de José Marti et même deux exemplaires de la constitution de 1940. A tous il rendait leur élégance passée et en même temps qu’il les restaurait, il les lisait, comme le médecin qui veut pénétrer l’âme d’un patient dont il connaît déjà très bien les viscères.

Pourtant, il n’avait jamais vu un livre comme celui qu’on lui apporta cet après-midi de la fin des années quatre-vingts. Par sa taille et son épaisseur il ressemblait à un livre de recettes de préparations pharmaceutiques, sauf qu’il ne contenait ni formules chimiques, ni noms des médicaments mais qu’il était rempli de dénonciations. C’était l’inventaire minutieux de tous les renseignements que les employés d’une entreprise avaient donnés contre leurs collègues de travail. Sans prendre conscience de son indiscrétion la secrétaire du directeur avait envoyé pour le réparer, le répertorie des dénonciations, dont la couverture était déchirée et diverses lettres décollées. C’est ainsi qu’arriva entre les mains du tenace bibliothécaire cet inestimable témoignage sur papier des trahisons.

Comme dans l’intrigue des « Liaisons dangereuses », on pouvait lire à un endroit qu’Alberto le chef du personnel avait été accusé d’emporter chez lui des matières premières. Peu de pages plus loin c’était le propre dénoncé qui racontait les expressions « contre-révolutionnaires » que l’auxiliaire du nettoyage avait utilisées dans le réfectoire. Les plis s’entrecroisaient et tissaient la réalité d’une trame abominable où tout le monde épiait tout le monde. Maricusa la comptable –selon le témoignage de sa collègue de bureau- vendait des cigares au détail depuis son bureau, mais quand elle cessait cette activité illégale, elle se consacrait à rapporter que l’administratrice partait une heure avant la fermeture. Le mécanicien apparaissait plusieurs fois pour avoir des relations extra-conjugales avec la responsable syndicale, et parce que plusieurs rapports contre la cuisinière étaient signés de sa main.

A la fin de la lecture on ne pouvait que ressentir une peine énorme pour ces « personnages » obligés d’interpréter une pièce sinistre et déloyale. C’est ainsi que le restaurateur rendit le livre après avoir terminé le pire travail que ses mains aient jamais exécuté. Encore aujourd’hui il ne peut s’empêcher de penser aux noms, informations et accusations que ces pages n’avaient cessé d’accumuler pendant toutes ces années.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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