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Les dames en blanc, suite et fin

Plus tard, elles seraient connues comme Les Dames en blanc. Au début, cependant, les habitants du quartier élégant, les passants du boulevard fleuri, les conducteurs d’automobiles climatisées, lassés des nombreuses manifestations organisées par le gouvernement, ne les regardaient même pas. Mais elles ont persévéré, même sous l’œil intimidant de la police politique cubaine. 

« Qui sont ces femmes vêtues de blanc, dont plusieurs tiennent de jeunes enfants par la main, et qui chaque dimanche se rendent à l’église Santa Rita, située sur la Quinta Avenida à Miramar? » ont commencé à se demander les habitants de ce quartier élégant, les passants du boulevard fleuri, les conducteurs d’automobiles climatisées. Et elles : « Nous sommes les épouses, les mères, les sœurs de 75 personnes honnêtes, respectables, courageuses que le gouvernement cubain a emprisonnées et dont le seul délit a été d’aimer la liberté. » Les gens ont dit : « Elles sont folles. » Elle est si forte la peur semée dans l’esprit des gens depuis presque un demi-siècle. Puis, inquiets, ils ont dit : « Elles vont disparaître. » Ils sont si nombreux les actes de terreur et de brutalité auxquels le peuple a assisté depuis presque un demi-siècle. Enfin, admiratifs, ils ont dit : « Quel courage! »

 Et l’admiration a grandi. Et le respect a grandi. Et la solidarité a grandi. Les habitants du quartier élégant se sont montrés à leur balcon. Les passants du boulevard fleuri ont ralenti le pas. Les conducteurs d’automobiles climatisées ont modéré leur vitesse. Ils les ont saluées. Ils leur ont envoyé des félicitations. Ils les ont encouragées. Elles s’appelaient Yolanda, Bertha, Laura, Bárbara, Caridad, Margarita. Elles s’appelaient aussi Loida, Osleivis, Yamilé, Magaly, Elsa, Dolia. Elles s’appelaient femmes. Elles s’appelaient peuple. Elles avaient ravi la rue à la répression. Personne n’avait réussi cela avant. Elles représentaient l’amorce de ce qui, un jour, deviendra un mouvement de masse. Elles réclamaient la libération de leurs époux, de leurs fils, de leurs frères que le régime de Fidel Castro avait sauvagement, arbitrairement emprisonnés.

Ce n’était pas des folles. C’était Laura la maîtresse d’école; Loida l’économiste; Elsa l’infirmière. Ce n’était pas des écervelées. C’était Yolanda la philologue, Osleivis le médecin, Yamilé l’avocate. Ce n’était pas des aventurières. C’était Bertha la microbiologiste, Magaly la vétérinaire, Caridad l’ouvrière. Aujourd’hui, quasiment aucune ne peut travailler. Elles sont les pestiférées, les déchets de la société. Les épouses des 75. Leurs  prières, leurs marches – qui, au début, suscitaient à peine quelques murmures – devinrent rumeur, clameur, nouvelles. Arrivèrent des journalistes des quatre coins de la terre. On apprit à Londres et à Paris, à New York et à Bruxelles, à Rome et à Toronto qu’un groupe de femmes, défiant la répression castriste – et castratrice – défilaient tous les dimanches, vêtues de blanc, et empruntaient le même parcours que le Líder Máximo quand il se rend de sa luxueuse résidence à ses bureaux. Mais surtout, on le sut à La Havane, à Mantua et à Sibanicú, à Ranchuelo et à Morón. Les forces de répression s’embourbèrent. Elles ne savaient que faire devant tant de pureté. Des notes de service urgentes se sont échangées. Des ordres de première importance ont été donnés. Et on raconte qu’un jour le Líder Máximo en personne sortit, fortement escorté – comme toujours –, pour regarder passer cette explosion de lys.  Et le gouvernement organisa sa contre-offensive.  Devant l’église, il plaça un imposant groupe de policiers en civil, qui ne se cachaient même pas, dans le but d’intimider. La police politique rendit visite et menaça les femmes. On intercepta les appels téléphoniques des prisonniers à leurs familles. On essaya de suborner les femmes en  leur promettant d’améliorer la condition de vie des détenus, en leur permettant de les visiter plus fréquemment et en donnant des cadeaux aux anniversaires. On intrigua avec l’une et l’autre pour les diviser. On fit circuler toutes sortes d’injures contre les plus contestataires. On essaya d’intimider le curé de la paroisse. Rien n’y fit. Les Dames en blanc, dignes, amoureuses, continuèrent à marcher la tête haute chaque dimanche. Elles ne suivaient aucun chef, ne nourrissaient aucune ambition politique. Elles voulaient seulement empêcher que l’emprisonnement injustifié de leurs hommes détruise leur famille Deux ans ont passé depuis la première marche. Ces femmes ont souffert dans leur corps, mais leur âme a grandi. Une aura de légende les entoure. Elles rappellent ces femmes qui avaient épaulé les héros de notre indépendance. Elles sont un phare, une espérance. Leur rayonnement est dû à leur opiniâtreté; elles en ont tout le mérite.Elles ont été l’objet d’hommages et de manifestations en faveur de leurs prisonniers. Elles-mêmes, le 19 mars 2004, jour du premier anniversaire de l’emprisonnement des 75, ont marché jusqu’au Vedado où elles crièrent : « LIBERTÉ! LIBERTÉ! » devant les directeurs nationaux des prisons. Puis, malgré leurs pieds endoloris, traînant leurs enfants exténués, elles se rendirent dans le quartier éloigné de Playa, où elles remirent aux autorités de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire –  le parlement cubain – une demande d’amnistie qu’elles avaient signée. 

Elles apportèrent 75 glaïeuls, le jour de la fête des Pères, pour les jardins de l’église qui les reçoit chaque semaine.Elles se réunissent tous les mois pour un thé littéraire. Elles y lisent des lettres qui arrivent des prisons et des poèmes qu’on leur dédit et qu’elles écrivent. Elles s’échangent des livres qu’elles envoient ensuite dans les cellules sordides où souffrent leurs prisonniers. Elles ont aussi envoyé des missives à des fonctionnaires du pays, à des artistes et des écrivains connus à travers le monde, à des fonctionnaires d’organismes internationaux et de gouvernements étrangers. 

Elles, encore, pour attirer l’attention des autorités médicales sur leurs hommes emprisonnés, ont dû occuper
la Plaza Cívica – connue sous le nom de Place de la révolution – et y passer la nuit afin que la police politique les y déloge de force. 

Elles, enfin, ont porté avec modestie et sérénité, suspendues à leurs blouses, des cartes avec la photo de leurs prisonniers. Et quand, dans les autobus bondés, suffocants, dans les longues et angoissantes files d’attente des marchés, dans les rues poussiéreuses et défoncées, on leur posait des questions, elles répondaient avec orgueil : « Je suis l’épouse d’Héctor Maseda, ingénieur, maçon, journaliste indépendant, président du Parti libéral illégal… » « Je suis l’épouse d’Angel Moya, Noir, défenseur des droits de l’Homme… » « Je suis l’épouse d’Alfredo Felipe Fuentes, économiste, membre du Conseil national du Projet Varela… » « Je suis l’épouse d’Adolfo Fernández Saíz, interprète de l’anglais à l’espagnol, journaliste indépendant… »  Elles répondent, elles expliquent. Elles brisent le silence que la machine de propagande et les forces de répression cubaines tentent d’imposer sur le crime que le régime a perpétré contre 75 opposants politiques et journalistes indépendants en les jetant en prison. 

Elles ont recueilli 1 043 signatures de citoyens et ont reçu l’appui des 25 000 signataires du  Projet Varela, lequel demande également, au point 2-A, l’amnistie des prisonniers politiques. Le 18 février 2005,  escortées d’une légion de journalistes étrangers, elles ont porté ces signatures au Conseil de l’État.  Ce sont Les Dames en blanc. Elles n’apparaissent pas à la télévision cubaine. On n’en parle pas dans les journaux cubains. On ne les entend pas à la radio cubaine. Pourtant, on ne peut cacher leur présence dans la ville. Elles sont parmi nous. A l’église, faisant la queue à l’épicerie, durant les pannes d’électricité, marchant sous la pluie sans parapluie, sous le soleil de midi. À cause de cela, elles nous sont maintenant familières, on les connaît. Le peuple dit : « Voici Les Dames en blanc. » 

Elles ont fait une vérité incontournable de ces mots que l’immortel José Martí aurait pu écrire, peut-être en les admirant : « Les  combats des peuples sont faibles quand ils ne mobilisent pas le coeur féminin. Mais quand la femme réagit et aide, quand la femme, d’un naturel timide et tranquille, s’anime et applaudit, quand la femme, cultivée et vertueuse, adoucit ce combat avec le miel de son affection, alors il devient invincible. »  Les Dames en blanc sont invincibles. Et le Líder Máximo le sait. 

 Manuel Vázquez Portal  Poète et journaliste dissident Cubain , La Havane    À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU (suite et fin)

Encore une fois on annonce à Cuba que les temps à venir seront difficiles. Faudrait-t-il attendre encore cinquante autres années pour apaiser ne serait-ce qu’au moins un petit peu les pénuries que les Cubains endurent tandis que ceux qui dirigent le destin du pays ne manquent de rien ?

Cela explique pourquoi les Cubains, surtout les jeunes, continuent de partir, les femmes font la grève de la procréation et la population continue de vieillir sans relève. Le Cubain lui, vit au jour le jour et sait que de bonnes intentions l’enfer en est plein. Dans un de ses discours Raul Castro demandait au peuple » « Il faut retourner à la terre et la faire produire ».

Dans la parlure cubaine on dirait « qu’on vient de découvrir l’eau tiède ». Quelque part l’inefficacité et le peu d’amour qui ressentent les Cubains pour le travail ne sont que la faute du propre système.  Carlos Lage,  vice président du Conseil d’État, disait dans un discours il y a environ un mois « la première tâche d’un chef est celle de ne pas se faire voler ». Faudrait-il, diront encore les Cubains, que le chef soit le premier à ne pas voler. Mais… qui les a enseigné à voler si ce n’est pas le propre système ? Personne au gouvernement n’ira jamais à la vraie source du problème.   

Dernièrement les descentes se multiplient, on confisque, on emprisonne, on met des amendes. Cuba est devenue depuis des années un grand marché noir où le propre gouvernement ferme les yeux au grès de ses convenances. Quand le Cubain a besoin de quelque chose il sait où aller le chercher. Il paiera en argent où  fera un échange de services. Dans un pays où tout appartient à l’État, le seul pourvoyeur n’est peut être nul autre que le gouvernement. Le Cubain attendra simplement que l’orage passe et que l’eau retourne à son niveau habituel pour en recommencer. 

Les propres journaux cubains parlent de problèmes au niveau de l’éducation,  de l’agriculture, de problèmes de logement, que les gens ne veulent pas travailler. Curieusement, on ne dit plus que c’est la faute à l’embargo américain. Qui est le coupable donc de ce désastre ? Triste est de constater par contre que beaucoup de dissidents sont en prison actuellement pour avoir dénoncé pacifiquement tous ces problèmes dont le gouvernement en parle aujourd’hui.

 Mais est-ce que ce ne son pas plutôt les changements politiques ceux qui pourraient sauver la situation économique et non l’inverse ? Tant qu’on voudra construire un paradis parfait avec une seule vérité et une unique pensée, comme disent les paroles d’une chanson, on n’aura pas réglé le problème. La démocratie ne se compte pas en ordinateurs ou en téléphones cellulaires. La démocratie c’est bien plus que ça.  © Victor MozoDiscours du Président de Costa Rica lors du dernier Sommet des Amériques

Qu’est que nous n’avons pas fait comme il faut ?

Il y a un mois, lors du Sommet des Amériques à Trinidad et Tobago, des sourires et des poignées de mains entre présidents et hauts fonctionnaires des États-Unis et des pays d’Amérique latine ont fait la manchette. Il y a eu aussi les éternels discours, dont certains se limitaient à des jérémiades. Mais, loin des caméras et des m’as-tu-vu hypocrites, un vrai discours a été prononcé, lequel, de par son réalisme, devrait servir de leçon et de guide à plusieurs mandataires latino-américains, c’est celui de M. Óscar Arias, président du Costa Rica. En voici la traduction.

Chaque fois que les pays d’Amérique latine et des Caraïbes rencontrent le président des États-Unis d’Amérique, j’ai l’impression que c’est pour lui demander ou lui réclamer quelque chose. Et c’est presque toujours pour jeter la faute de nos malheurs passés, présents et futurs sur les États-Unis. Je ne crois pas que soit juste du tout. Nous ne pouvons oublier que l’Amérique latine a ouvert des universités avant que les États-Unis créent Harvard et William & Mary, les premières universités de ce pays. Nous ne pouvons oublier que sur ce continent, comme dans le monde entier d’ailleurs, au moins jusqu’en 1750, tous les Américains étaient plus ou moins égaux, c’est-à-dire que tous étaient pauvres. Quand arriva la révolution industrielle en Angleterre, d’autres pays ont pris le train : l’Allemagne, la France, les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande… Mais la révolution industrielle passa comme une comète par l’Amérique latine et c’est à peine si nous nous en sommes rendu compte. Nous n’en avons certainement pas profité.

Il y a une autre différence très importante. Si on compare l’histoire d’Amérique latine avec celles des États-Unis, nous voyons bien qu’en Amérique latine il n’y a pas eu de John Winthrop espagnol ou portugais, arrivant sa Bible à la main et déterminé à construire  « une ville sur la colline », une ville qui brillerait, comme rêvaient de le faire les pèlerins qui accostèrent aux États-Unis.

Il y a 50 ans, le Mexique était plus riche que le Portugal. En 1950, un pays comme le Brésil avait un revenu per capita plus élevé que celui de la Corée du Sud. Il y a 60 ans, le Honduras était plus riche per capita que Singapour. Aujourd’hui à Singapour – et cela en 35 à 40 ans -, le revenu annuel moyen par habitant atteint 40 000 $. Il y a donc quelque chose que, nous les Latino-Américains, n’avons pas fait comme il faut.

Qu’avons-nous fait de travers ? Je ne peux énumérer tout ce que nous avons fait de travers. Pour commencer, nous avons une scolarisation équivalant à une septième année d’études. Ça, c’est la scolarité moyenne en Amérique latine, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays asiatiques. Ce n’est certainement pas le cas non plus de contrées comme les États-Unis ou le Canada, qui ont la meilleure éducation au monde, similaire à celle des européens. Dans certains pays latino-américains, sur 10 élèves admis au cours secondaire un seul le termine. Dans certains pays encore, la mortalité infantile atteint le taux de 50 naissances pour 1000, alors que dans les pays asiatiques les plus avancés il est de 8, 9 ou 10 naissances pour 1000. Et dans certains de nos pays, l’impôt sur le revenu ne représente que 12 % du produit intérieur brut. Nous sommes les seuls responsables de ce fait, puisque nous ne prélevons aucun impôt auprès des classes les plus riches. C’est notre faute et celle de personne d’autre. En 1950, chaque citoyen nord-américain était quatre fois plus riche qu’un citoyen latino-américain. Aujourd’hui, le citoyen nord-américain est 10, 15 ou 20 fois plus riche que le citoyen latino-américain. Ce n’est pas la faute des Américains, c’est notre faute.

Dans mon intervention ce matin, j’ai fait référence à un fait qui me semble grotesque et qui ne démontre qu’une chose : c’est que le système de valeurs en vigueur au XXe siècle, que nous semblons suivre encore au XXIe siècle, est un système de valeurs erroné. Parce que les pays riches ne peuvent consacrer 100 000 millions de dollars pour soulager la pauvreté qui afflige 80 % de la population mondiale, sur une planète qui compte 2 milliards 500 millions d’êtres humains qui vivent avec 2 $ par jour mais dépense par ailleurs 13 fois plus (1 300 000 000 000 $) en armes et en soldats. Comme je l’ai dit ce matin, cela n’a pas de sens que l’Amérique latine dépense 50 millions de dollars en armes et en soldats. Je me pose la question : qui est notre ennemi ? Notre ennemi, président Correa, ce qui cause l’inégalité que vous pointez du doigt avec raison, c’est le manque d’éducation, c’est l’analphabétisme, c’est l’argent que nous ne dépensons pas pour la santé de nos populations : les infrastructures que nous ne créons pas et dont nous aurions besoin : les chemins, les routes, les ports, les aéroports : les moyens qu’il faudrait se donner pour enrayer la dégradation de l’environnement et que nous ne nous donnons pas : c’est l’inégalité que nous vivons et qui nous fait vraiment honte. Voilà le résultat, entre autres choses bien sûr, du fait que nous n’éduquons pas nos garçons et nos filles.

Celui qui fréquente une université latino-américaine se retrouve dans une ambiance des années soixante, soixante-dix ou quatre-vingt parce que nous avons oublié que, le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin est tombé et qu’il s’est passé quelque chose de très important. Nous devons accepter que nous vivons dans un monde différent. Et je crois franchement que presque tous les universitaires, les intellectuels, les économistes, les historiens s’accordent pour dire que le XXIe siècle est celui des Asiatiques et non celui des Latino-Américains. Et moi, malheureusement, je leur donne raison. Car pendant que nous continuons à discourir sur les idéologies, sur tous les  « ismes » (à chercher lequel est le meilleur : le capitalisme ? le socialisme ? le communisme ? le libéralisme ? le néo-libéralisme ? le christianisme social ?), les Asiatiques, eux, ont trouvé un  « isme » très adapté à la fin du XXe et au XXIe siècle, c’est-à-dire le pragmatisme. Pour ne citer qu’un exemple, pensons à Deng Xiaoping qui, après avoir visité Singapour et la Corée du Sud, et s’être rendu compte que ses propres voisins s’enrichissaient très rapidement, est revenu à Pékin et a dit à ses vieux compagnons maoïstes de la Longue Marche :  « En vérité, chers camarades, peu m’importe que le chat soit noir ou blanc. Tout ce qui m’intéresse, en fait, c’est qu’il chasse les souris. » Si Mao avait vécu à ce moment-là, il serait mort une deuxième fois quand Deng a dit : « La richesse est glorieuse. » Depuis que les Chinois agissent en conséquence, leur économie a crû de 11, 12 ou 13 % de 1979 à aujourd’hui et ils ont sorti 300 millions d’habitants de la pauvreté. Pendant ce temps, nous continuons à discourir sur des idéologies que nous aurions dû enterrer depuis belle lurette.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que Deng Xiaoping a changé d’idée à 74 ans. Si je regarde autour de moi, chers présidents, je ne vois personne qui ait cet âge ou presque. Mais je vous demande de ne pas attendre jusque-là pour faire les changements qui s’imposent.

Merci beaucoup.

 

 

LETTRE OUVERTE DU PÈRE JOSÉ CONRADO RODRíGUEZ ALEGRE

AU PRÉSIDENT DE CUBA RAUL CASTRO RUZ

Jeudi 5 février 2009

Lettre ouverte au général d’armée Raúl Castro Ruz,

Président de la république de Cuba

Monsieur le Président,

Il y a quinze ans, j’ai osé écrire au chef de l’État cubain d’alors, M. Fidel Castro Ruz, qui était à ce moment-là président de notre pays. La gravité de la situation à cette époque me le commandait comme un devoir pour le bien de la patrie. La gravité de la situation aujourd’hui m’impose de vous écrire pour vous faire part de mes préoccupations actuelles. Dois-je vous décrire la situation de notre pays ? La crise économique affecte tous les ménages et fait vivre les gens dans l’angoisse. Ils se demandent : « Que vais-je manger et de quoi vais-je me vêtir ? » « Comment pourrai-je trouver l’essentiel pour les miens ? » Les difficultés quotidiennes se font si écrasantes qu’elles nous maintiennent dans la tristesse et le désespoir. L’insécurité et le sentiment généralisé de ne pouvoir se défendre provoquent l’amoralité, l’hypocrisie et la duplicité. Tout se vaut parce que rien n’a plus de valeur, sauf la survivance à tout prix, qui se révèle en fin de compte être à« n’importe quel prix ». Voilà pourquoi les Cubains, surtout les plus jeunes, ne rêvent plus que d’abandonner le pays.

Notre patrie semble devant une impasse. Comme homme de foi, pourtant, je crois que Dieu ne nous met jamais devant des situations absolument désespérées. Je crois fermement que notre chemin comme nation et comme peuple ne se terminera pas dans un précipice inévitable, dans une réalité irrémédiablement malheureuse. Il y a toujours une solution, mais il faut de l’audace pour la chercher et la trouver. Dans vos récents et pressants appels à travailler avec persévérance et acharnement, je crois percevoir une façon bien particulière et précise de saisir la gravité du moment et je crois comprendre que vous considérez que la solution dépend de nous. Mais comme le disait ce slogan devenu une farce… « Il ne suffit pas de dire ‘en avant!’ encore faut-il savoir où aller. »

Nous avons vécu en faisant porter la responsabilité de notre malheur à notre ennemi, et peut-être aussi à nos amis : la chute du bloc des pays communistes d’Europe de l’Est comme l’embargo commercial des États-Unis sont devenus les boucs émissaires sur qui on rejette toutes nos fautes. C’est une façon commode et trompeuse de fuir le problème. Comme le disait Miguel de Unamuno : « Nous avons l’habitude de nous attarder à compter les poils de la queue du sphinx parce que nous avons peur de le regarder en face.»

Il ne suffit pas, Général, de résoudre les problèmes, certes très graves et urgents, de la nourriture ou du logement, que tant de compatriotes ont perdu, lors des récents ouragans, « en même temps que leurs pauvres biens : peurs, peines.» Nous traversons des moments si critiques que nous devons réviser en profondeur nos critères et nos pratiques, nos aspirations et nos objectifs. Et ici, il serait bien, en tout respect, de rappeler ces mots que notre apôtre national, José Martí, écrivit au Generalísimo Gómez en des moments quelque peu semblables : « On ne fonde pas un peuple, Général, comme on commande une armée. »

Le monde change. La récente élection d’un citoyen noir à la magistrature suprême d’un pays autrefois reconnu pour son racisme et sa violation des droits civils des Noirs nous indique que quelque chose est en train de changer dans ce monde. La préoccupation toute fraternelle et admirable de nos frères en exil devant les phénomènes météorologiques qui ont récemment frappé notre peuple, ainsi que son aide généreuse, désintéressée et instantanée sont autant de signes que quelque chose est en train de changer entre nous. Le gouvernement que vous dirigez aujourd’hui doit avoir l’audace de faire face à ces changements en adoptant de nouvelles façons de voir et de faire. 

Notre pays a réagi avec courage quand un gouvernement étranger a voulu s’immiscer dans nos problèmes nationaux. Cependant, quand il s’agit de violation des droits de l’homme, non seulement les gouvernements, mais aussi les individus, les simples citoyens, qu’ils se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, ont leur mot à dire. Dans la lettre qu’il avait écrite depuis sa prison de Birmingham, Martin Luther King avait dit:

« Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier. Nous sommes pris dans un réseau inéluctable de mutualité, attachés dans un vêtement unique de destin. Ce qui affecte une personne directement, affecte tout le monde indirectement. » Nous devons avoir l’immense courage de reconnaître que, dans notre patrie, les droits de l’homme sont constamment et injustement bafoués. Cela s’exprime par l’existence de dizaines de prisonniers de conscience, par le mauvais traitement réservé aux libertés les plus fondamentales, celles d’expression, d’information, de presse et d’opinion, ainsi que par de sérieuses limitations des libertés religieuse et politique. Ne pas reconnaître ces réalités ne favorise en rien notre vie nationale et nous fait perdre le respect de nous-mêmes, à nos propres yeux et à ceux des autres, amis comme ennemis.

La cause de la paix, à l’intérieur comme à l’extérieur, et la prospérité même de la nation prennent racine dans le respect inconditionnel de ces droits, qui sont l’expression de la dignité suprême de l’être humain en tant qu’enfant de Dieu. Et garder le silence sur cette réalité fait peser un tel poids sur ma conscience que je ne me sens pas capable de le supporter. Cette lettre, pour moi, est ma façon de servir la vérité, de rester conséquent avec l’amour que je ressens pour mon peuple.

Je vous confesse, mon Général, le désagrément et la tristesse que j’ai éprouvés quand j’ai su que notre gouvernement a refusé, paraît-il pour des raisons idéologiques ou de divergences politiques, l’aide que voulaient envoyer les États-Unis ainsi que certaines nations européennes aux victimes des cyclones qui dévastèrent notre terre. Quand on est frappé par le malheur (et cela peut arriver à n’importe qui, aux puissants comme aux autres), il est temps d’accepter l’aide qu’on nous offre, parce que cette aide reflète un fond de bonne volonté face à la douleur, de solidarité humaine, même chez ceux que nous considérons comme nos ennemis. Donner la chance à l’opposant d’être bon et d’accomplir ce qui est juste peut faire ressortir ce que nous avons de meilleur en nous-mêmes comme en l’autre, en changeant nos vieilles attitudes et en guérissant les vieux ressentiments nuisibles. Rien ne contribue autant à la paix et à la réconciliation entre les peuples que de savoir donner et recevoir. La phrase de saint François de Sales, bonne pour les relations entre personnes, est aussi valable entre les pays : « On chasse plus de mouches avec une goutte de miel qu’avec un baril de vinaigre. » Comme l’a dit Sa Sainteté Jean-Paul II lors de sa visite dans notre pays : « Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba. » Mais si nous gardons nos portes fermées, personne ne pourra entrer, même s’il le désire ardemment. J’ai vu un signe d’espoir cependant dans l’intervention de CARITAS et dans l’espace qu’on a accordé à l’aide qu’il a apportée à notre pays. Cela mérite une reconnaissance spéciale, c’est un changement positif et porteur d’espoir.

Croyez-moi, Monsieur le Président, je ne vous écris pas pour vous présenter une liste de plaintes ou de griefs contre notre réalité nationale, même si elle pourrait être très, très longue si j’en faisais une. En fait, je voulais vous parler de Cubain à Cubain, de mon cœur à votre cœur. Un grand ami à moi, un prêtre, qui est décédé, avait l’habitude de me dire : « Un homme vaut ce que vaut son cœur. » Lors de l’enterrement de votre épouse, entouré de vos enfants et petits-enfants, vous étiez ému jusqu’aux larmes et j’ai vu que vous étiez un homme sensible. Je pense aussi qu’il y a plus de sagesse dans le cœur d’un homme bon que dans tous les livres et les bibliothèques de ce monde, parce que, comme le dit la chanson : « Ce que peut faire un sentiment, ni le savoir, ni le procédé le plus noble, ni l’esprit le plus ouvert n’ont pu le faire… » Alors j’en appelle à votre sens des responsabilités, à votre bonté et vous le dis, ne craignez rien, ayez l’audace de vous engager dans une nouvelle voie, dans un monde qui donne tant de signes de changements positifs. Comme je l’ai dit à votre frère il y a 15 ans, tous les Cubains sont responsables de l’avenir de leur patrie. Mais à cause du poste que vous occupez, à cause du pouvoir que vous détenez, cette responsabilité vous revient de manière toute spéciale.

Si vous décidez d’emprunter ce chemin d’espérance, vous pourrez compter sur moi, mon Général. Je me tiendrai en première ligne pour offrir à Cuba, une fois de plus, la seule chose que j’ai : mon cœur ; et à vous, j’offre ma main tendue et ma collaboration désintéressée. Ainsi nous réaliserons le rêve de Martí de créer une patrie « avec tous et pour le bien de tous ».

Je voudrais terminer avec ces quelques mots qu’a prononcés notre pape actuel, Benoît XVI, en 1968 : « Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église. » Si cela vaut pour l’autorité ecclésiastique, que je considère d’origine divine, cela vaut pour toute autre autorité humaine, aussi puissante qu’elle soit.

Avec mes meilleurs vœux,

José Conrado Rodríguez Alegre,
curé de la paroisse Santa Teresita del Niño Jesús

L’EMBARGO, LA GRANDE EXCUSE

Si il y a un mot utilisé ad nauseam par la mal nommée révolution de Fidel Castro c’est l’embargo. Que l’on soit pour ou contre son utilisation dans le cas de Cuba, autant le gouvernement cubain que le gouvernement américain,  qui l’a imposé depuis 1962, s’en sert à bon escient.  Par contre, il a été plus que démontré que l’embargo imposé à Cuba par les  États-Unis n’a rien donné de concret et Castro se maintient au pouvoir depuis quarante-sept ans. Par contre aussi, l’embargo est devenu pour Cuba le bouclier parfait que permet et justifie tout. 

Mais au mot embargo utilisé pour défendre la révolution de Castro par les occidentaux bien pensants, le gouvernement cubain a préféré plutôt utiliser le mot blocus. Ce dernier est plus percutant à l’heure de jouer les victimes et les vierges offensées et cela ne laisse pas de toucher certaines cibles qui pullulent dans le monde qui n’ont des yeux et des oreilles que pour la révolution cubaine. Le choix du mot blocus est plus astucieux.

Sans vouloir jouer avec les mots embargo ou blocus, toujours est il que le gouvernement cubain commerce avec plus d’une centaine de pays, et à l’heure d’écrire ces lignes Cuba commerce avec certains États de son grand ennemi même, les États-Unis d’Amérique pour quelques millions de dollars – que il faut le mentionner- le gouvernement cubain doit payer cash. Déjà plus de 280 compagnies nord-américaines  ont participé à la Foire d’aliments et de produits agricoles à La Havane et même si le gouvernement des États-Unis fait pression sur d’autres gouvernements pour qu’ils ne commercent pas avec Cuba tout cela est pure perte de temps car tous ceux qui veulent, commercent avec Cuba. D’ailleurs les derniers bateaux battant pavillon des États-Unis  qui sont entrés au port de La Havane, n’étaient pas de cuirassés mais des bateaux marchands pleins de denrées. 

Le blocus, pour n’utiliser que le mot si cher à Castro, n’a pas empêché non plus exporter des guerres un peu partout dans le monde que ce soit en Afrique ou dans le même continent Américain. Comme je le mentionnerai plus tard, Cuba a exporté des milliers de soldats faire la guerre en Angola Éthiopie  et Somalie, pour ne citer que quelques pays. Alors, s’il y avait eu blocus, personne ne pouvait entrer ni sortir, encore moins des bateaux ou des avions ! 

Alors que le peuple cubain n’a jamais cessé d’entendre le mot blocus, les magasins pour touristes, étrangers et amis bien placés du régime regorgent encore des produits venus des pays capitalistes. Déjà dans les années soixante-dix il était très normale voir dans les grands hôtels du pays une boutique de souvenirs pour les nationaux –à l’époque ou ils pouvaient y séjourner certes – et une autre pour les touristes et personnes dûment autorisées. Dans la première on trouvait très peu de choix et encore de mauvaise qualité, tandis que dans la deuxième on trouvait des cigarettes américains, des jeans Lee et Levi’s et bien des articles made in USA. J’avais déjà vécu l’expérience d’essayer d’entrer dans une boutique pour touristes dans un hôtel à l’Île des Pins. À peine j’avais mis les pieds dedans on m’avait dit très cavalièrement  que c’était seulement pour touristes. Quand j’avais mentionné que dans la boutique il y avait une outre personne aussi cubaine que moi que faisait des achats, l’employé m’avait répondu sans détours qu’elle avait une autorisation ! 

Le gouvernement cubain peut toujours argumenter que le blocus imposé par les États-Unis lui enlève un commerce tout à fait naturel avec une nation riche et surtout proche, ce qui n’est pas complètement  faux mais joue aussi le jeu de la victime en même temps qu’il dispose de moyens pour faire entrer au pays de matériaux et toute sorte de denrées qui vont servir plutôt à une élite ou a de fins purement de propagande. Il suffit de visiter –encore une fois ceux et celles qui peuvent le faire- les hôpitaux dotés des équipements à la fine pointe de la technologie pour traiter les Maradona, les Alain Delon et les amis du régime castriste. Pour ceux-là, l’embargo n’existe pas. 

Comme le mentionne si bien Manuel Pereira dans l’article d’opinion Blocus ou embargo publié dans le site de la revue Cubaencuentro, les mots embargo et blocus ont une connotation purement militaire. Alors, Cuba n’est ni de loin un pays assiégé et les États-Unis ont le droit, en tant que pays souverain de commercer ou de ne pas le faire avec qui bon leur semble. Cuba est simplement frappé d’un boycott, ni plus ni moins ! 

Tout cela le peuple cubain le sait depuis longtemps et se questionne abondamment sur le sujet. Ne sera-t-il pas le peuple cubain qui vit plutôt un blocus interne ? Il lui est très difficile d’accepter l’existence d’un blocus en même temps que le gouvernement cubain, qui se dit pauvre  se targue d’aider à d’autres pays en ne leur fournissant pas seulement médecins et professeurs mais aussi toute sorte d’équipements tandis que le peuple vit toute sorte de pénuries à coup des années et des années de sacrifice jamais récompensé. Par ou rentrent tous ces équipements s’il y a blocus ? 

Si il y a quelqu’un qu’impose un vrai blocus au peuple c’est le gouvernement cubain.  Il interdit aux Cubains entrer dans les grands hôtels et les principaux sites touristiques. Il lui  interdit d’avoir Internet ou une antenne parabolique. Il n’a pas le droit de circuler dans bien de cas dans leur propre pays. S’il veut fixer sa résidence à l’extérieur ou y voyager, c’est le gouvernement qui décide, etc., etc. Le gouvernement, en Dieu et maître, a toujours imposé le blocus à son propre peuple. 

L’embargo américain a été d’une inefficacité extraordinaire. Une administration américaine après l’autre ne cesse de le maintenir en échange de quelques voix à l’heure des élections. Cuba, a cessé d’être une préoccupation pour les États-Unis depuis longtemps. Le maintien de l’embargo est et sera toujours la grande excuse pour un régime pour se maintenir au pouvoir. Il sait l’utiliser contre son propre peuple car ce n’est pas l’embargo qui justifie toutes les erreurs, bévues et souffrances imposées depuis tant d’années à un peuple si bon et si courageux.   

©Victor Mozo 

THÉRAPIE INTENSIVE

Par Manuel Vázquez Portal,


Le gouvernement cubain, dans son besoin de tout nommer, a créé, au cours de son long séjour au pouvoir, le plus grand répertoire d’organisations qu’ait connu l’histoire de notre nation. Pas un secteur de la population qui n’ait son organe de regroupement, de direction ou de contrôle. Ce qui ailleurs dans le monde possède un caractère social, philanthropique, écologiste, religieux ou artistique a simplement à Cuba une fonction politique. C’est la direction du seul et unique parti qui crée et dirige, de façon verticale et absolue, autant d’associations qu’il est nécessaire pour exercer son autorité sur la société.
 En en faisant une recension rapide, on pourrait voir l’enchevêtrement inextricable des structures qui composent la direction de ce pays. Pour les enfants de moins de 14 ans, il y a l’organisation des Pioneros (les Pionniers) ; pour les jeunes de 14 à 28 ans, l’Union des jeunes communistes; pour les adultes, le Parti. Ces organisations ont un caractère ouvertement politique et soit-disant sélectif.  Il y a aussi la FEM et la FEU pour les étudiants des cours moyen et universitaire, respectivement. Pour les femmes, c’est la Fédération. Pour les paysans, la ANAP. Pour les travailleurs, les différentes ramifications syndicales qui convergent toutes au tronc unique de la CTC. Les handicapés visuels ont la ANSI. Les handicapés physiques, la ACLIFIN. Et, pour la population en général, il y a les CDR. Soit-disant assignées à la défense du pays, en plus des énormes forces armées constituées des trois armées de base, il y a les MTP, qui servent également pour la supposée guerre que tout le peuple doit mener. Enfin, pour les artistes et les écrivains, il y a la UNEAC, et pour les journalistes, la UPEC.  Que manque-t-il? Tout est sous contrôle. Et c’est volontairement obligatoire parce que – j’oubliais de le dire – ne pas appartenir aux organisations qui vont avec ton statut peut te causer bien des inconvénients. Imaginez-vous, par exemple, une femme handicapée qui étudierait à l’université. La pauvre, il lui faudrait un sac à dos seulement pour transporter ses différentes cartes. Celle de la FEU, celles des CDR, des MTP, de la UJC, celles aussi de la Fédération, de la ACLIFIN et, évidemment, sa carte d’identité, qu’il faut toujours avoir sur soi. Bien sûr, la sursaturation entraîne toujours des conséquences. Celui qui boit trop devient alcoolique, celui qui fume trop s’asphyxie, et celui qui appartient à tant d’organisations s’en lasse, devient indifférent et n’assiste plus à aucune réunion. Et c’est précisément à cela qu’en est arrivé le gouvernement cubain. Ses organisations n’existent plus que par leur nom, elles sont devenues inopérantes. Les gens s’en servent comme étendard politique pour atteindre leurs objectifs personnels. Ils jouent le jeu du « ça-n’est-pas-important-pour-moi-mais-c’est-indispensable-pour-ne-pas-avoir-l’air-indifférent-ou-contestataire-devant-les-autres ». Ainsi, allons aux réunions, aux congrès, aux anniversaires et aux fêtes, de toute façon personne ne se compromet vraiment.  Mais, a lo cortico, comme on dit à Cuba, en tête à tête, face to face, je veux dire, les choses changent. Le plus orthodoxe va tout d’un coup te dire : « J’en ai jusque-là des organisations, des assemblées et des cartes d’identité. Quand je serai à la retraite, le premier qui me parle d’organisation, je le tue. » Et celui qui ne prendra pas sa retraite, qui sera encore jeune quand les inévitables changements se produiront à Cuba, que dira-t-il ? Je crois que les nouveaux dirigeants du pays devront entreprendre un travail de désintoxication tel que la psychothérapie pour qu’on croie à nouveau à la thèse – très marxiste par ailleurs – que l’homme est un animal social qui a besoin de se regrouper et cela devra être massive et d’envergure nationale.   

Une Réponse à “Documents”

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